d'un instant à l'autre de Yves Brillon 124 pages, 12x20 cm, 300 haïku, illustrations de Monique Lachapelle Editions Karedas, Collection kaiseki ISBN 978-2-910961-41-1 Commande chez l'éditeur :
KAREDAS éditions 45 Rue de Belleville Paris 75019 France 15euros d'un instant à l'autre Yves Brillon critique de Serge TOME J'ai rencontré Yves cet automne au Jardin du Luxembourg à Paris. Nous
avons parlé longuement autour de la pièce d'eau. C'est un homme sage qui parle posément, qui prend le temps de bien faire les choses dans ce monde agité. Cela fait du bien de le connaître... Il
écrit des haïku depuis peu. Son écriture est comme un aboutissement. La maturation du regard, la maîtrise des mots, l'ironie légère que l'on acquièrt après un long chemin. J'étais intrigué en
ouvrant son livre. Je suis maintenant heureux. J'y retrouve un style que je connais et qui correspond à ma conception de cette écriture. Un style que l'on retrouve chez les meilleurs
Nord-Américains. Quelque chose de spécial, difficile à définir. Tout d'abord une grande aisance d'être, l'écriture semble couler, douce, sans heurts. L'atmosphère est calme, détendue juste ce qu'il
faut. Le haïku est dit simplement et résonne longtemps. L'objet est pur et porte la trace de la sincérité, de l'écriture spontanée. Il ne me semble pas avoir été beaucoup retravaillé. La nature est
présente à chaque instant. Naturellement pourrait-on dire. Ce n'est pas comme chez nous où, on l'introduit souvent "pour les règles". On y sent la prégnance de l'immensité du territoire, de la
Nature plus grande que chez nous. Le temps joue aussi un rôle important. On ressent sa durée, ses effets. Le haïku est une tranche de temps; il note ici la perception du Temps. Ce n'est pas une
photographie figée mais plutôt une trace comme celle d'un étoile filante sur le noir de la nuit. Serait-ce l'influence des longs hivers, de l'immobilité des choses ? Je suis aussi intéressé par la
variété des sujets maîtrisés. Le haïku vient naturellement. Même sur les sujets les plus graves. Le style est techniquement classique, respectant les standards devenus maintenant internationaux.
Une écriture rigoureuse qui produit une charpente forte avec des images en interaction, une ouverture finale importante où la sensibilité, la transcendentalité mais aussi l'ironie peuvent se
déployer. Rigueur, maîtrise du style, aisance du propos, ouverture, regard libre et parfois enjoué sur le monde... dans l'air chaud du soir le frémissement des trembles -- froufrou de sa robe après
ton départ les lèvres rouges sur la tasse sourient encore l'ombre devant je marche sur les genoux -- un nuage m'efface deux oiseaux perchés sur le fil téléphonique -- jaseurs d'Amérique trace de
verdure assombrissant le bitume -- l'ombre d'un platane le chien à l'étang -- son museau fait onduler les nuages blancs des meules de foin ici et là dans le champ -- l'été se remballe un érable
rouge au milieu des arbres verts -- griffure d'automne cris des bernaches regroupées pour l'exode -- la fenêtre embuée le long du trottoir les sapins abandonnées -- silence de l'aube une fine pluie
-- sous le cerisier en fleurs une ombre rose
par haidjin
publié dans :
Collection kaiseki
0
recommander
Retour à la page d'accueil