Le vent se lève de Ken Loach: Le tout ou rien

Publié le par haidjin

Dans les contextes des années 1920, les irlandais n'appréciaient pas beaucoup l'occupant anglais. Ken Loach nous montre une rafle dans un petit village, où des soldats britanniques font un contrôle d'identité. On se dit que sans doute, ils sont en repérage pour recruter leurs soldats Au moment même où on tremble pour notre héros qui se destine à être médecin à Londres, un paysan fanfaron refuse de décliner son identité en anglais et ... est exécuté sur le champ. Evidemment, on ne se hasardera pas à faire un parallèle douteux avec la situation des bretons autrefois. Jakez Helias l'aura fait bien mieux que nous dans ses romans. On se souvient quand même qu'il était interdit de parler breton à l'école ... Mais revenons à nos moutons irlandais, qui justement, ne veulent plus faire les moutons. Le vent de la révolte gronde, avec ce dernier assassinat et ces perpétuelles humiliations infligées au peuple d'Irlande. Et peu à peu, les jeunes du village se regroupent pour combattre les anglais et obtenir une Irlande indépendante. Les anglais tentent détouffer la révolte dans l'oeuf: aux grands maux, les grands remèdes et quoiqu' on ne les imagine pas toujours sous cet angle là, ils n'ont pas non plus dédaigné la torture, pour museler la population. A ceux qui pourraient reprochger à Ken Loach de trop " charger " les anglais, on ne doit pas oublier que sous cette apparence de flegme légendaire, les anglais étaient à la tête d'un vaste empire colonial. Je doute que cela se soit passé en proposant des cups of thé ! Incroyable quand même la capacité de nos contemporains à oublier l'histoire ... Tant que la population irlandaise n'a rien à perdre, l'unité est là et la rebellion se répand. Un des moments les plus émouivants du film a lieu quand un conducteur de train syndicaliste affronte l'armée anglaise en refusant de les transporter. Il y a dû en avoir des tonnes d' actes de bravoure comme cela. Tout se corse quand , après beaucoup de représailles et de sacrifices, l'Irlande obtient de négocier son indépendance avec l'Angleterre. Là, L'Irlande se divise et cela devient le carnage ... Toute la subtilité de Ken Loach consiste à évoquer avec beaucoup de talent cette rupture historique entre les partisans du '" tout ou rien" et ceux qui sont prêts à faire des concessions pour vivre enfin, tout simplement... Plutôt que de grands discours, il préfère nous plonger au milieu d'une famille déchirée par cette faille irrémédiable qui sépare les irlandais en deux. Avec beaucoup d'intelligence, Ken Loach ne prend pas directement parti mais tente de nous présenter objectivement les deux points de vue. Quand L'histoire vient séparer deux frères, on n'est pas loin de la tragédie grecque. L'amour ou le devoir ? Pour quelle Irlande se bat-on et pourquoi tous ces sacrifices ? On ne doute pas une seconde de la sincérité du frère qui accepte le pacte avec les anglais et qui se sent obligé de le faire respecter. Mais on comprend aussi ceux qui veulent continuer à lutter pour leur utopie. Même si on parle de l'Irlande, ce beau film renvoie à l'Universel. Il pose la question de l'engagement pur et dur, celui du respect de la vie avant tout, la question de la position de l'Eglise face au politique la question des cultures minoritaires , de l'amour fraternel ou des compagnons de lutte ... Bref, on n'a pas fini de débattre en sortant.... C'est un des plus grands mérites de ce cinéaste: il nous force à réfléchir et aiguiser nos points de vue ... En cadeau, les somptueux paysages d'Irlande, ses chants, ses danses ces gars têtus qu'on ne peut formater, et ces filles au tempérament de feu... J'ai appris depuis , lors d'une émission de radio, que les soldats anglais avaient reçu l'ordre de tirer sur la foule lors du bloody sunday, alors même qu'ils etaient parfaitement au courant que les irlandais déflilaient pacifiquement, sans arme. Tant qu'il s'agissait de conquerir des droits égaux , les irlandais étaient unis. Plus tard, les anglais ont utilisé la division pour casser le mouvement irlandais. Et c'est justement en voulant ecraser cette révolte, qu'ils ont perdu toute leur crédibilité. Bien sûr on imagine bien vers quel camps vont ses préférences, mais cela n'est pas didactique et il nous laisse penser par nous même , ce qui est très agréable en opposition à certains films dits engagés qui nous bastonnent avec des slogans et des vérités imposées. De plus, pas si facile de faire ce type de choix en plein feu de l'action On comprend que les femmes soient souvent plus enclines à préférer la négociation pour protéger la vie... Le film montre très finement que s'il s'agit de modifier uniquement la couleur du drapeau la famine et le chomage continueront à sévir ... CB aout 06

Publié dans Passion cinéma

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